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Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier

Ce film a, dans la filmographie de Vautier, une place particulière, puisque c'est avec La folle de Toujane une de ses rares oeuvres de fiction. Fiction car acteurs, car acteurs guidés par un scénario sommaire, mais aussi témoignage.

Fiction ou documentaire ?

Dix ans après la fin de la guerre d'Algérie (les accords d'Evian sont signés le 18 mars 1962) qui a mobilisé 3 millions de jeunes français, le cinéaste se pose une question : "Est-ce qu'on peut amener des acteurs, qui n'ont pas vécu les évènements, à prendre à leur compte les histoires que j'ai enregistrées ? Et à les redire comme si c'était à eux ?" ou encore : "Comment peut-on mettre des jeunes en situation de se conduire en criminels de guerre ?" En effet, le film repose sur des témoignages que Vautier a recueillis. Pendant des années, au cours des trajets en train entre Quimper et Paris, Vautier a interrogé environ six cents français appelés et rappelés. Au total, ce sont huit cents heures de témoignages sur cassette audio qui ont été enregistrées. Ces témoignages sont la base de Avoir 20 ans dans les Aurès, ce qui justifie la précision donnée dans le film : "La véracité de chaque épisode relaté peut être confirmée devant un tribunal par un minimum de 5 témoins".

Il n'y a pas de scénario à proprement parler, ni de dialogues préparés à l'avance. Chaque acteur doit vivre son personnage. Les acteurs sont simplement mis en situation avant chaque scène par le réalisateur, et jouent selon leurs intuitions, comme si c'était vrai. La caméra sert de témoin, comme dans les précédents films de Vautier qui étaient des documentaires. Avoir 20 ans dans les Aurès est donc une fiction retraçant la vie d'un commando de chasse de l'armée française dans le maquis algérien, et un documentaire sur l'interprétation de leur rôle par des jeunes, mis en situation par des témoignages, dix ans après la guerre.

Réception

A sa sortie

Globalement, les critiques sont bonnes. Beaucoup louent le courage de Vautier d'avoir mener à bien ce film sur un sujet difficile et sensible. Le film remporte à Cannes le Prix de la Critique Internationale, remis plus tard par Louis Marcorelles (critique au Monde), à Quimper, car l'équipe du film avait déjà quitté le festival le jour de la remise des prix. Dans son livre, Vautier conclut ainsi : "le témoignage que j'avais tenu à mettre en images était devenu une "oeuvre"". Cependant, toutes les critiques ne sont pas positives. Ainsi, Henri Chapier cherche à dévaluer le film : "Tel qu'il se déroule, ce récit d'un commando de chasse, malgré lui, ne tient pas debout... Ceux qui prétendent avoir reconnu dans le film les images du passé doivent faire partie de ces prophètes de gauche après l'orage dont on se demande où ils étaient lorsqu'il s'est agi de filmer sur le vif."

25 ans plus tard

Le 10 novembre 1997, le film est de nouveau victime d'une polémique qui rappelle la vision "incorrecte" de la guerre d'Algérie et de l'état des rappelés du contingent, avec surtout une apologie de la désertion. En cette année 1997, le film est programmé à Tourcoing dans le cadre du Festival Différence organisé pour l'Année européenne contre le racisme. Il est alors la cible du Front National (rappelons que Vautier avait apporté des témoignages sur les actes de torture de Jean-Marie Le Pen pendant cette guerre, lors du procès du leader du Front National contre Le Canard enchaîné et Libération pour diffamation). Un ancien député RPR a alors surenchéri en parlant de "provocation et de trahison nationale" à propos de ce film "ordurier" à l'égard des soldats français en Algérie, qu'il montre "violeurs et traîtres". Bref, conclut-il, c'est un film "tout à fait engagé gauchiste" et ne disant nullement la vérité". De son côté, le maire socialiste de Tourcoing a refusé d'interdire, réaffirmant sa confiance auprès du personnel culturel.

Avoir 20 ans dans les Aurès est donc un film l'engagement fort de Vautier, confirmé par des réactions violentes même 35 ans après la fin de la guerre d'Algérie, où le réalisateur a choisi une forme originale, entre le témoignage et la fiction. Le voir aujourd'hui n'est pas évident : TF1 conserve la matérialité du négatif, le film ne peut être distribué. Pendant ce temps, la copie du réalisateur se dégrade...

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